POUR DES ALLIANCES INTER-ESPÈCES FACE AU CHAOS CLIMATIQUE DE SUZANNE HUSKY – RURART
Rurart accueille une série d’aquarelles de Suzanne Husky dans l’exposition Pour des alliances inter-espèces face au chaos climatique, qui nous…
Crédit image : © Cao Fei Dash (still), 2026. Courtesy the artist, Vitamin Creative Space, and Sprüth Magers. Work produced by Fondazione Prada on the occasion of the exhibition “Dash”
À travers un dispositif immersif l’exposition Dash propose une exploration dense et critique des mutations contemporaines de l’agriculture à l’ère technologique.
Dash s’inscrit dans une recherche menée par Cao Fei sur plusieurs années. Entre Chine méridionale, régions du nord-ouest et Asie du Sud-Est, l’artiste a observé de près l’émergence de ce que l’on nomme aujourd’hui la « smart agriculture ». Cette transformation repose sur l’intégration de technologies avancées — capteurs, intelligence artificielle, systèmes de géolocalisation — dans les pratiques agricoles.
Mais loin d’un récit technophile simpliste, Cao Fei construit une cartographie complexe des tensions à l’œuvre. L’agriculture mondiale, et chinoise en particulier, fait face à une conjonction de crises : dérèglement climatique, raréfaction des ressources en eau, stagnation des rendements, et dépeuplement des zones rurales. Dans ce contexte, la technologie apparaît à la fois comme solution et comme facteur de nouvelles fragilités.
L’un des axes majeurs du projet réside dans l’ambivalence du progrès technique. Si les innovations permettent d’optimiser la production, de réduire la pénibilité du travail et de sécuriser les chaînes alimentaires, elles participent également à une transformation profonde des rapports entre humains, terres et savoirs.
Les algorithmes tendent à remplacer les connaissances empiriques transmises de génération en génération. Ce déplacement soulève des questions cruciales : que devient la mémoire des pratiques agricoles ? Comment évoluent les cultures rurales lorsque les décisions sont guidées par des données plutôt que par l გამოცდილ ? Et quelles conséquences pour l’emploi agricole dans des territoires déjà fragilisés ?
Cao Fei décrit Dash comme une « archéologie contemporaine » de l’agriculture. L’exposition superpose différentes temporalités : vestiges du passé, technologies du présent et projections vers des futurs incertains. Les images satellitaires dialoguent avec des géographies rituelles, tandis que l’intelligence artificielle semble apprendre des savoirs traditionnels autant qu’elle les reconfigure.
Cette approche produit une esthétique singulière, où les objets techniques deviennent des artefacts porteurs de mémoire. L’agriculture y apparaît non plus seulement comme une activité productive, mais comme une forme d’« ingénierie géologique », inscrite dans le temps long de l’histoire humaine.
Avec Dash, Cao Fei prolonge une réflexion engagée depuis plus de vingt ans sur les transformations de la condition humaine à l’ère technologique. Là où des œuvres comme Whose Utopia (2006) ou Asia One (2018) exploraient les espaces industriels et logistiques, ce nouveau projet opère un déplacement vers l’agriculture — socle fondamental des civilisations.
Ce changement de focale est loin d’être anodin : il marque un retour à l’origine, tout en interrogeant la manière dont les technologies les plus avancées redéfinissent aujourd’hui notre relation au vivant.
Au cœur de Dash se trouve une interrogation profondément philosophique. Au-delà du récit linéaire d’une humanité maîtrisant la technologie pour transformer la nature, Cao Fei propose une autre hypothèse : celle d’une coévolution. Peut-on imaginer une nouvelle forme d’unité entre le cosmos, l’humain et la technique ? Comment réinventer des liens spirituels avec la terre dans un monde gouverné par les données et les machines ? En ouvrant ces questions sans chercher à les résoudre, Dash s’impose comme une œuvre critique et poétique, à la fois ancrée dans les urgences contemporaines et tournée vers des horizons spéculatifs. Elle invite le spectateur à considérer l’agriculture non comme un simple secteur économique, mais comme un terrain où se rejouent, à une échelle globale, les relations fondamentales entre technologie, écologie et culture.
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